Théâtre

Un Picasso en vaut bien mille

UN PICASSO ****

ON ACHEVE BIEN LES CHEVAUX

L’autodafé participe du processus de négation. Négation du passé, négation de la foi en l’humanité, négation du beau. Une conviction profonde m’a toujours poussé à protéger les artistes, la création sous toutes ses formes. Les dictatures à travers l’histoire n’auront eu de cesse d’effacer les traces de ce volonté de témoigner, de dire l’homme et son temps. L’art est politique même lorsqu’il ne l’est pas. Picasso pourrait résumer à lui seul ce combat contre l’oubli et la folie des hommes alors même qu’il s’en défendra presqu’une vie durant.

« La peinture n’est pas faite pour décorer les appartements. C’est un instrument de guerre… », finit-il par déclarer, lui qui se refusait à tout mouvement, niait appartenir à telle obédience ou école. Etrange, n’est-il pas ? L’artiste n’était pas à une contradiction près. Le confort et la gloire l’avaient sans doute tenu à l’écart de ces considérations philosophiques. Mais quand le danger pointa son nez d’anéantir son travail, lorsqu’il fut rejeté par son propre pays, il peint « Guernica ». La pièce de Hatcher, rédigée dans un style percutant et tranchant comme le fil d’un rasoir, témoigne de cette bataille intérieure et contre l’ennemi.

VALSE A MILLE TEMPS

Deux personnages s’affrontent et n’en font qu’un. Dans une joute verbale infernale, il n’existe d’autre choix que le mensonge et la ruse. Arguer et contre arguer, renier, pour sauver sa peau, pour sauver l’œuvre, et plus important encore, pour sauver la mémoire du monde. Le trait, le style, l’intention sont disséqués avec un soin clinique. Vraies ou fausses, les toiles demeurent vierges, laissant les protagonistes comme les spectateurs dans le doute permanent, cette expectative au cœur de l’intrigue. Le suspens jusqu’au sacrifice d’un vrai, qu’Il croque dans l’urgence pour que le monstre en épargne trois autres, pour qu’Elle échappe à ses griffes. Deux ennemis qui n’en sont pas, embarqués malgré eux dans une valse infernale, un manège devenu fou dont il est interdit de descendre.

Picasso et Melle Fischer, siamois contre leur gré mais attirés comme des a(i)mants, acceptent de donner du sang à la bête. Un dessin enfanté pour être abandonné, condamné à la brulure. Le mythe d’Iphigénie inversé dans son objectif : se résoudre à mourir sur l’autel pour que la tempête s’apaise, pour que l’hydre retourne à sa tanière, repu du sang des innocents.

Tout recommencera, en Syrie, en Afghanistan et à Béziers. Tout a déjà recommencer. Raison pour laquelle il est vital de résister. Voir « Un Picasso » constitue un acte politique. Nous le savions pas mais deux comédiens possédés nous en n’ont convaincu.

Théâtre contemporain d’1h20 environ

Auteur : Jeffrey Hatcher
Metteurs en scène : Steven Ullman, Natalia Lazarus
Avec : Charles Fathy, Natalia Lazarus

PITCH

Pendant l’occupation allemande, en octobre 1941, à Paris, une jeune femme nazie, Mademoiselle Fischer, très séduisante, convoque Picasso afin qu’il authentifie trois de ses œuvres. Picasso, bon gré mal gré, se résigne mais en exige la raison. Mademoiselle Fischer, lui fait part de sa mission : organiser une exposition “d’art dégénéré” pour ses chefs, dans l’intention d’en faire un autodafé.

Picasso, désespéré, veut sauver son œuvre et affirme que ces dessins sont, en fait, des faux. Une joute oratoire s’ensuit.
Un débat nerveux, vif et spirituel mené par deux acteurs possédés par un texte d’une grande sensibilité, basé sur une véritable connaissance de l’histoire de l’art et de la vie de Picasso. Un propos sur l’art et la politique et la place de l’art dans la société.
Cette histoire est une fiction mais a reçu l’approbation de la Fondation Picasso.

Extrait vidéo

Jusqu’au 14 novembre 2015 – du jeudi au samedi à 21H00, au Théâtre de Nesle

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Théâtre de Nesle

8 rue de Nesle – 75006 Paris

Plan d’accès

Réservations

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