Théâtre

Billie Holiday, entre neige et charbon

LES CHANTS DE COTON

Je n’ai jamais été totalement convaincu par cette idée communément répandu qu’un artiste doit nécessairement avoir vécu des drames ou traversé des périodes difficiles pour exprimer son art avec toute la force nécessaire. Ce serait faire fi d’un très grand nombre d’auteurs ou d’interprètes qui ont su puiser au fond de leur imagination ou ont absorbé tels des éponges les sentiments et les vies de ceux qu’ils observaient. Là réside peut-être notre relative incompréhension des techniques de l’actor studio…

Mais dans le cas d’espèce, inutile de chercher très loin. L’existence de Billie Holiday, qu’on a tenté parfois de teinter de rose -parce que l’histoire est amnésique lorsqu’il s’agit de gommer quelques moments peu glorieux- est toute entière contenue dans ses plus jeunes années. L’esclavage de ses pairs, le milieu social dans lequel elle évolua, la mise sur le trottoir extrêmement précoce… autant de marques laissées au fer rouge, de crevasses béantes dont elle usera presque malgré elle pour forger cette image et surtout cette voix de femme blessée, anéantie. Une image qui fascine, hypnotise même des générations de fans voyant en son parcours un chemin véritable chemin de croix.

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UN HOMMAGE SANS FAUX SEMBLANTS

La réussite de ce spectacle, dans son texte mais également dans sa mise en scène, réside dans sa capacité à tisser, entrelacer dirais-je plutôt, vie réelle et vie d’artiste. L’une ne saurait être conter indépendamment de l’autre. Le mur de valises est gorgée de fenêtres sur l’avenir comme sur le passé, de surprises bonnes et mauvaises, la fumée du quai de gare continue à planer longtemps, menaçante, au-dessus des protagonistes même dans les moments heureux. Cette neige est donc noire, une suie collante qui prend les bronches, dont on sait qu’il sera vain de s’affranchir. Cette neige que Billie sniffera pour oublier le passé, le présent, croyant qu’elle pourrait ainsi la combattre.

La petite fille ne s’en sortira pas. Elle ne savourera jamais ce délicieux goûter, symbole naïf de l’innocence protégée. 44 ans, c’est bien trop jeune pour mourir. Alors ces comédiens et cette metteur en scène la font revivre dans quelques notes de blues et un d’amour noir, le temps que la neige vienne recouvrir la tombe d’un nuage de douceur, celle qu’elle n’aura jamais connu de son vivant.

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Du 21 octobre au 6 décembre 2015 – Du mardi au samedi à 21h00, le dimanche à 19h00

Théâtre Le Lucernaire : 53 rue Notre Dame des Champs – 75006 Paris.

Auteur et metteur en scène : Christine Pouquet

Avec : Samantha Lavital et en alternance Philippe Gouin ou Rémi Cotta

> Plan d’accés

PITCH

Ce projet est né d’une fascination pour la figure et le destin de Billie Holiday, la dame du blues née en 1915 et confrontée sa vie durant aux violences sociales, aux préjugés raciaux mais aussi sexistes. “Strange fruit”, sur le lynchage des Noirs, signe en 1939 l’acte de naissance de la chanson contestataire. La reconnaissance de son talent ne parviendra pas à réparer la détresse initiale, ni à sauver Billie de la déchéance. Tout commence avec une petite fille de 13 ans, abandonnée dans un train et qui porte, inscrits autour du cou, son nom et une destination, New York : fol espoir de rejoindre et de réunir une mère prostituée et un père inconnu. Nourri des faits et fables tirés des mémoires de “Billie : Lady sings the blues”, le spectacle “Neige Noire” ne chante que la « note bleue », celle de la vie : « Parler de la douceur, drôle de pari pour moi, dont la vie est jonchée de crevasses ». Dans cette partition biographique, scènes et récits – tantôt réels, tantôt fictifs – sont entrelacés avec les airs, les chants, repris du répertoire de Billie Hoilday.

Bande annonce

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