Cinéma

La rentrée cinéma

Cinéma et actualité se font parfois écho… pour le meilleur et pour le pire. « Dheepan » réunit les deux faces de la médaille.

DHEEPAN *****

Rare sont les réalisateurs capables d’un parcours sans faute, enchainant succès critiques et commerciaux. Quelle serait la filmographie de Jacques Audiard s’il n’avait décidé de se mettre à la réalisation aussi tardivement. Jugez plutôt : « Sur mes lèvres », « Un héros très discret », « De battre mon cœur s’est arrêté », « Un prophète »« Dheepan » ne fait pas exception, bien au contraire. Au moment où l’on s’esbaudit -à raison mais bien tardivement- devant la photo d’un enfant mort, son petit visage enfoncé dans le sable, où l’on oppose bêtement misère nationale à immigration contrainte, où l’on hiérarchise les détresses, qu’elles soient économiques ou géopolitiques alors que nos gouvernants mondiaux ne changent rien à leur stratégie d’armement des uns contre les autres pour mieux sucer impunément la moelle de pays exsangues, aux dépens de populations civiles sacrifiées sur l’autel du fric et du pouvoir, « Dheepan » est un incendie, un brulot incandescent. Il ne pose pas la question de la légitimité d’un départ forcé. L’histoire devrait rappeler au monde que le sang et la faim n’appellent aucune légitimation. Non, Audiard montre avec poésie, violence, acuité, force et intelligence comment ces êtres jetés hors de leur pays, passent d’un enfer à l’autre, de guerre civile en guerre des cités. Emotion à fleur de peau, direction d’acteurs maline, montage impeccable… tout est parfait de maîtrise et de sensibilité (pas de sensiblerie !). L’époque compte quelques réalisateurs de génie dans le genre du réalisme social si difficile à magnifier au nombre desquels Xavier Dolan ou Alejandro González Iñárritu. Jacques Audiard siège parmi eux, tout là-haut.

Bande annonce

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NO ESCAPE ***

Une famille américaine se retrouve piégée dans une guérilla. Le scénario plutôt original ne présente pas un déploiement inouï de trouvailles mais tient assez bien le spectateur en haleine. Pierce Brosnan en mercenaire altruiste est le caractère clé d’une fuite en avant dont l’issue est malgré tout assez prévisible. Un bon divertissement, sans plus.

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LE TOUT NOUVEAU TESTAMENT *****

La bande annonce, une fois n’est pas coutume, n’est pas à la hauteur de toute la richesse de ce petit bijou de d’aucuns qualifient d’ovni cinématographique et beaucoup moins déjantée qu’on pouvait le penser. On se délecte d’un bout à l’autre d’un Dieu plus diable que bienveillant. Emir Kusturica, Albert Dumontel et Jean-Pierre Jeunet semblent avoir investi l’esprit inventif de ce réalisateur belge, Jacquot Van Dormael, à qui l’on doit le tout aussi sensible « Le huitième jour ». Casting parfait, effets spéciaux magiques de naïveté, tout en bouts de ficelle, donnent à ce conte une poésie moderne rarement vue au cinéma. Morceaux classiques somptueux alliés à une bande originale de la talentueuse et toute aussi belge, An Pierlé… Magnifique.

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RICKI AND THE FLASH ***

La filmographie de Jonathan Demme allie le pire et le meilleur. « Philadelphia » et la présence de Meryl Streep dans le rôle-titre, deux arguments massues pour m’inciter à tenter l’expérience. La fille de cette dernière et Kevin Kline complètent dignement le line-up. Réunir une famille éclatée lorsque l’un d’entre eux est à la dérive s’avère un sujet à la mode ces dernières années. On reste ici à des années lumières du sublimissime « Un été à Orange County », déjà avec Mrs Streep. Les séquences rock, longues et beaucoup trop nombreuses, tentent de justifier les choix d’une musicienne de troisième zone dont on n’aurait pas reconnu le talent. On lui reproche de ne pas avoir joué le rôle de mère modèle, son look improbable. Et à la fin tout le monde l’aime et la trouve à la hauteur. La réalisation comme le scénario miment les téléfilms américains à l’eau de rose, convenus et bien-pensants. Les acteurs eux sont très professionnels et investis, esquivant bâillements et railleries.

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LA VOLANTE **

On peut reconnaitre un réel mérite aux comédiens les plus en vue de prendre des risques. S’aventurer dans le cinéma de genre, de la comédie potache au thriller psychologique… pas si facile. Et n’est pas Catherine Deneuve qui veut. Les codes du film d’angoisse sont ici réunis. Le casting était plutôt bien vu. J’ai tout de suite pensé à « Le petit lieutenant » de Xavier Beauvois. Malik Zidi est tout aussi convaincant que l’était Jalil Lespert. Oui mais voilà, travailler sur les codes ne suffit pas. Nathalie Baye disait en interview son souci de ne pas trop en faire. Elle n’en fit pas assez. La tension est quasiment absente dans une histoire de vengeance sans relief. Bref ça ne fonctionne pas et on s’ennuie ferme. L’occasion cependant de vous recommander un film au scénario en négatif de celui-ci où le pardon est un remède à la rancœur et à la loi du talion : « Après lui » du bien-aimé Gaël Morel.

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LA BELLE SAISON **** / LA FEMME AU TABLEAU **** / LE COMBAT ORDINAIRE ****

Trois films en une seule chronique ? Et pourquoi pas ? Le titre du dernier est mal choisi mais le mot combat est un dénominateur commun. Trois combats de vie, pour des raisons certes très différentes mais qui se font écho. Se battre pour les droits de la femme et la liberté de vivre sa sexualité comme bon nous semble, lutter pour qu’une injustice historique soit enfin réparée comme un hommage ultime à tous les juifs massacrés sans raison au travers d’un tableau témoignant de l’existence trop courte de l’une d’eux, affronter ses propres peurs et les fantômes du passé pour parvenir enfin à construire sa propre vie sans effacer les traces du chemin parcouru, aussi sinueux fut-il. Que tous ces acteurs formidables soient cités et illuminent vos soirées de rentrée tant ils insufflent un humanisme magistral dont l’époque manque cruellement : Nicolas Duvauchelle, Helen Mirren, Ryan Reynolds, Izïa Higelin, Cécile de France… le cinéma avec un grand C.

Bande annonce / Bande annonce / Bande annonce

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DADDY COOL ****

Petite gourmandise qui passera malheureusement inaperçue, on peut le craindre. Il est vrai que je ne suis pas toujours totalement objectif lorsqu’un acteur fétiche est à l’affiche. C’est le cas avec Mark Ruffalo. Mais il n’est pas tout seul à faire de ce film un bonbon en droite ligne avec ce que le cinéma indépendant américain sait proposer, comme ce fut le cas avec « Away we go » ou encore les films de Zach Braff. Mère et filles contribuent tout autant à la réussite d’un quatuor familial claudiquant. Vous suivrez avec tendresse leurs difficultés à s’en sortir, lui en lutte avec sa nature maniacodépressive, elle en mère courage qui n’a de choix que de délaisser ses filles le temps de faire des études qui pourraient assurer un avenir plus solide à une progéniture forcément tiraillée et en proie au doute. Allez voir ce film plein d’espoir et d’amour.

Bande annonce

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SPY ***

Rien de transcendant mais rien de dramatiquement mauvais dans ce film d’espions décalé. Le casting est assez improbable en la présence de Jason Statham (il est parfait d’idiotie et de gaucherie arrogante) et de Jude Law (pas totalement à l’aise et crédible cependant, en 007 véreux mais pas vraiment). L’intérêt du film réside dans la performance de la généreuse, piquante et pétaradante Melissa McCarthy. Rien ne prédestinait cette opératrice back office de prendre le premier rôle d’espionne tourmentée mais fidèle à son coéquipier, déçue de ses forfaitures mais amoureuse au point de trahir pour mieux sauver la situation. C’est parfois un peu en dessous de la ceinture mais plutôt drôle. Alors, pourquoi pas…

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UN MOMENT D’EGAREMENT ***

Pas une franche réussite que ce remake car les protagonistes, surtout François Cluzet et la comédienne jouant sa fille, tombent très vite dans la caricature. Pour l’un du père bafoué, parano et hystérique, pour l’autre de l’ado nympho-minaudante. Vous l’aurez compris, on est loin de la finesse du « Jeune et jolie » de François Ozon, par exemple. Fort heureusement, Vincent Cassel est plus adroit en quadra fautif et c’est surtout l’autre comédienne, Alice Isaaz, qui tire son épingle du jeu, plus en introspection et en nuance. Sa seule prestation donne une autre tonalité au film et mérite que l’on s’intéresse à la suite de sa carrière.

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LES PROFS 2 **

Si le premier volet était d’un humour potache plutôt bien vu et adapté sans prétention de l’univers bd, ce deuxième opus tombe dans le lourdingue cinématographique qui en fait toujours trop. Le scénar n’était pas sans promesse aucune mais le trait est toujours forcée et nous tient à l’abri de tout attachement à quelque personnage, prof ou élève. Kev Adams n’est pas drôle et les autres rôles principaux n’ont pas assez de matière pour que l’on s’amuse à des gags éculés. On s’ennuie ferme et perd son temps. Même en période de vacances c’est toujours un peu dommage.

By Vents d’Orage (David Fargier)

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