MusiquePortraits et Interviews

Stefan Filey, chanteur, pianiste et amoureux de jazz

Le 27 Octobre 2011, j’ai rendez-vous au Pavillon de la Reine, Place des Vosges à Paris avec Stefan Filey.

Nous nous étions déjà rencontré dans un vernissage et le lancement d’une compile de 18 « talents 2011 du Blabla Wilson » – La belle Compile – il y a 1 semaine à Paris, dans le 11ème.

Sa prestation musicale et son plaisir certain de chanter et jouer du piano m’avaient plu et j’ai eu envie de le rencontrer.

A bientôt 40 ans et passionné de musique et de chant, cet artiste ira jusqu’au bout de ses rêves…

GOSPEL

Né dans les Yvelines d’un père martiniquais, employé de banque et d’une mère guadeloupéenne, fonctionnaire de la Sécurité Sociale, Stefan est le deuxième garçon d’une fratrie de trois. Après six ans à la Cité des Indes de Sartrouville, les Filey partent vivre dans une zone pavillonnaire plus paisible du Val d’Oise. Parce que ses parents sont adventistes, ils passent tous ses samedis matins à l’église à chanter l’évangile. Naturellement à l’adolescence alors qu’il s’est nourri des disques de son grand frère, et de ses cousins (James Brown, Les Temptations…) et du rap ambiant (Solaar, NTM, IAM, Jungle Brothers, Gangstarr), ils montent un groupe avec son frère cadet Rycko, guitariste, et avec des copains de sa congrégation religieuse. Pas un groupe de rock n’roll donc, mais de gospel, avec six chanteurs aux tessitures différentes. Stefan est le ténor, celui qui assure les voix de têtes de ce groupe a cappella, Sweetness, qui pendant huit ans, va chanter des louanges à Dieu dans les églises. Leur réputation est telle qu’ils font même la première partie de Michael Jackson, en Suisse, à Lausanne, devant 40.000 personnes. Mais voilà, à 20 ans, le message évangélique est dur à porter : « Être des exemples à cet âge, raconte Stefan Filey, prêcher la bonne parole, c’était trop lourd. J’avais plus la tête à penser aux filles. Surtout qu’une fois qu’on sortait de nos concerts, notre église nous pointait du doigt parce qu’on passait à la télé, et en même temps les novices nous disaient : « Ah bon, vous chantez Dieu… ! »
Alors si on faisait une connerie, on nous tombait, direct, dessus. C’était une double pression. » Fan de soul et de jazz – il a acheté son premier disque de Miles Davis, « Milestones » à 11 ans dans une brocante – Stefan réalise qu’il n’est pas le seul à avoir traversé ces contradictions. Toute l’histoire de la soul music, de Ray Charles à D’Angelo en passant par Al Green, ne parle que de ça : des tiraillements entre l’aspiration spirituelle et les plaisirs de la vie terrestre : « Quand je lis les biographies de Marvin Gaye et de D’Angelo, j’y reconnais beaucoup de ma vie. Marvin était pentecôtiste, comme moi, il observait le sabbat (le septième jour de la semaine juive), et D’Angelo était fils de pasteur. Prince, qui est pour moi la pierre angulaire de mes influences, était aussi adventiste. Beaucoup de gens de cette musique-là ont ce background religieux. La soul, c’est vraiment la dualité entre le profane et le sacré. C’est toute la vie de Sam Cooke, d’Al Green. Je me reconnais dans cette dualité, : décider de parler dans ta musique d’autre chose que de Dieu, c’est un pas difficile à franchir. La soul et le gospel ont la même structure musicale, la même sève, mais le message n’est pas le même. Celui de la soul est axé sur trois choses : le fait social, l’amour et la spiritualité. Mon fondement religieux m’a servi, mais la soul m’a émancipé. »

INFLUENCES SOUL
Pendant un break de Sweetness, Stefan Filey est invité à chanter avec un groupe d’instrumentistes sur Canal Plus pour l’enregistrement public des sketches de Robin des Bois En 2002, le label « Voix publik » qui a déjà produit l’artiste R&B, Matt Houston et s’apprête à travailler sur Kayna Samet, le contacte pour enregistrer un album plus organique, plus soul. Avant Raphael Saadiq, il a l’idée de rendre hommage à la soul en enregistrant des compositions inédites qui rappellent les grands artistes de cette musique : Curtis Mayfield, Sly Stone, Stevie Wonder, Donny Hathaway : « Je sais pertinemment qu’en France, explique-t’il, en matière de soul music, on est en retard. Il ne faut pas se le cacher, avant de faire un album plus moderne avec des rythmiques hip hop, il faut être d’abord reconnaissant envers la tradition soul. D’Angelo et Bilal sont là où ils sont, parce qu’ils maîtrisent leurs codes. Chaque morceau de cet album « Soul Influences » se devait de rappeler dans la couleur, dans sa réalisation un morceau de la soul music. Pour moi c’était comme travailler ses fondamentaux, un joueur de basket ne peut pas prétendre partir en NBA, s’il ne sait pas faire un double pas.» Mais c’est encore trop tôt pour la France. Amy Winehouse, Seal et son hommage à la Motown, ne sont pas encore passés par là. Avec ce premier essai, Soul Influences, sorti chez Barclay, Stefan enchaîne les premières parties des vedettes de la nu soul américaine : Bilal, Angie Stone puis se consacre à la composition de l’album de Kayna Samet, une chanteuse R&B de Nice. Mais Stefan n’abandonne pas et continue à travailler ses gammes. Après huit ans de chant a cappella, il décide de parfaire son jeu au piano qu’il avait appris jusque-là en autodidacte. Il s’inscrit à la Bill Evans Piano Academy : « J’y ai travaillé d’arrache pied pendant deux ans, j’ai appris à bosser sur les standards de jazz, les harmonisations. » En parallèle, il continue à parfaire sa voix : « «Quand mon premier enfant est né, pour ne pas le réveiller pendant ses siestes, je prenais ma voiture, je faisais un tour du périphérique, et je travaillais ma voix avec un CD d’exercice de technique vocale. Si je passais une journée sans bosser ma voix, je n’étais pas bien. »

CONFESSIONS OF A PARISIAN SOULVIVOR

En 2004, il commence à composer de nouveaux morceaux, rencontre Jacques Schwartz-Bart, le fameux saxophoniste qui a travaillé aussi bien avec les haïtiens de Tabou Combo que Meshell N’degeocello ou D’Angelo. Petit à petit, une idée plus précise se construit dans sa tête et dans son âme : « Parisian soulvivor, c’est moi avec mes éléments, avec ma culture, le fait que je sois parisien, le fait de ne pas avoir baissé les bras, je suis un survivant. On ne sait pas trop où placer cette musique en France :dans la variété ou dans le r&b. On en est vraiment au stade embryonnaire. Pour moi la soul française en est à ses débuts, comme il y a eu un début de rap français. Il faut aussi se remettre en question, il faut encore énormément travailler sur l’identité. Ça fait 20 ans que je cherche ma spécifité, ma couleur, et je pense les avoir trouvées depuis quatre ans. Je fais les choses sans me poser de questions ». Aujourd’hui Stefan Filey laisse tout son apprentissage se mettre en place, sa passion du jazz de Shirley Horn à Miles Davis en passant par Wayne Shorter, son goût des chansons dans la soul de Curtis Mayfield à Donny Hathaway. Sa difficulté à exprimer ses blocages, ou ses histoires d’homme adulte, il les a confiés à d’autres auteurs comme Bruno Gueraud pour une sublime chanson sur la paternité « Le deuxième », Frederic Lebovici pour « Comment te dire » ou le slameur Blade pour « Colore ma bataille ». Il produit avec l’aide de Patson du studio Soulvivor, quinze chansons au total, aidé par Jacques Schwartz-Bart et des musiciens qu’il a rencontrés au cours de son parcours. Il les livre aujourd’hui en deux épisodes. Mais avant de les enregistrer, il s’est imposé un exercice difficile : les chanter sans sonorisation, dans un théâtre, coaché pendant un an par le metteur en scène, Frank Maillol. Au printemps dernier, il a donné sept concerts, donc, au théâtre « Le passage vers les étoiles », devant un public multi-générationnel, non initié à la soul : « Je considère qu’une chanson doit fonctionner par elle-même, dans un piano-voix dépouillé, » décrypte t’il. Le défaut que je reprocherai à la nouvelle scène soul française comme américaine, c’est le manque de chansons. Tout est très accès sur le style, ça joue en décalé, mais mélodiquement c’est du freestyle.
Et moi j’aime la chanson, les plus gros standards de jazz sont avant tout de très belles chansons, qui ont été composées pour des comédies musicales. Ensuite Miles Davis et d’autres ont popularisé des morceaux comme « Someday, my prince will come » écrite pour un film de Disney. Pareil pour la soul, ce qui reste, ce sont les chansons fortes : « Whats’s going on ? » de Marvin Gaye, « A change is gonna come » de Sam Cooke, « People Get Ready » de Curtis Mayfield. « Si, on veut que cette scène soul ne reste pas underground pendant encore très longtemps, faisons en sorte d’écrire des chansons. »

Sortie de son album « the lost album » accessible sur itunes
http://itunes.apple.com/fr/album/the-lost-album/id472341318

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7 Comments

  1. Arron
    5 novembre 2011 at 4 h 55 min — Répondre

    Great! thanks for the share!
    Arron

  2. 9 décembre 2011 at 15 h 44 min — Répondre

    Hi, this is a great post! Thanks..

  3. 9 décembre 2011 at 15 h 44 min — Répondre

    Hi, this is a great post! Thanks..

  4. 9 décembre 2011 at 23 h 21 min — Répondre

    Très bon article.Agréable a lire.Merci

  5. […] pour interviewer l’artiste qui diffusait cette délicieuse musique Soul, pleine de chaleur douce. L’interview a eu lieu le 27 octobre 2011. Depuis, je suis attentive à son actualité via son réseau social qui ne cesse de croître. […]

  6. […] pour interviewer l’artiste qui diffusait cette délicieuse musique Soul, pleine de chaleur douce. L’interview a eu lieu le 27 octobre 2011. Depuis, je suis attentive à son actualité via son réseau social qui ne cesse de croître. […]

  7. 11 octobre 2016 at 14 h 14 min — Répondre

    Très joli portrait !

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