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la Comtesse de Ségur et Bérengère Dautun – Interview

« L’auteur La Comtesse de Ségur, née Rostopchine n’est pas une adaptation ni un documentaire historique. C’est une perception intime d’une femme d’exception. Son courage a exalté mon imaginaire. C’est au fond de ses entrailles que la Comtesse de Ségur, née Rostopchine, a éprouvé ce long cheminement qui mène à soi. » Joëlle Fossier

J’ai rendez-vous ce matin, lundi 24 Avril avec Bérengère Dautun à l’Hôtel La Comtesse, proche de la Tour Eiffel. Son élégance me touche et sa fragilité apparente aussi. En l’espace d’une heure d’interview, la passion de cette comédienne hors-norme remplie l’espace et m’emporte. Ce seul en scène d’une heure 10 nous fait connaitre la terrible enfance de Sophie Rostopchine et sa résilience.  Une grande dame apparait et La Comtesse de Ségur, née Rostopchine fait rayonner alors son immense travaille d’auteur à travers ses nombreux ouvrages. Merci à Bérengère Dautun pour cette formidable description et rendez-vous dès le 25 Avril au Studio Hébertot.

INTERVIEW DE BERENGERE DAUTUN

Ce n’est pas la première fois que vous travaillez avec Joelle Fossier ?

C’est la deuxième pièce que je fais d’elle, La Comtesse de Ségur étant la première et la seconde « Compartiment fumeuses ». Les pièces de Joëlle Fossier que je joue sont toujours portées vers la lumière et l’espoir, vers la résilience.

La Comtesse de Ségur évoque en chacun son enfance et c’est très important.

Les gens croient que les oeuvres de La Comtesse de SégurSophie Rostopchine – est uniquement pour les enfants. Mais ce qu’elle a écrit est terrible! Les Malheurs de Sophie, Les petites filles modèles, Les mémoires d’un âne, Un bon petit diable etc. c’est l’histoire de sa vie. Cette femme a vécu à la fois la haine de sa mère et la bonté de son père. Son père –  Fiodor Rostopchine – l’adorait mais il n’était jamais là. Il était gouverneur de Moscou. Elle vivait avec sa mère qui la privait de tout, qui ne l’habillait pas, ne la coiffait pas, ne lui donnait pas à manger pour voir comment se comporte un enfant malheureux. Lorsque son père revenait, il la comblait de cadeaux. C’était un vrai déséquilibre.

Lorsque Napoléon 1er attaque la Russie en 1812, le Tsar ordonne à son père alors gouverneur de Moscou de bruler Moscou. Moscou brulé, il est disgracié par le tsar et préfère s’exiler. la famille Rostopchine arrive Paris en 1817.

Elle rencontre son mari Eugène de Ségur à 19 ans qui ne lui sera pas fidèle du tout. Ils ont des enfants et sa vie dans son château est une vie de mère de famille. Lorsque son petit dernier meure, tout craque, elle tombe en dépression profonde pendant 13 ans et à l’époque, ça ne se soignait pas.

Pendant cette longue période, elle mûrit son œuvre. C’est l’écriture qui l’aide à se reconstruire. Ses souvenirs d’enfance deviendront la trame de ses livres. Son merveilleux père prendra les traits du Général Dourakine et sa terrible mère, ceux de la cruelle Madame Fichini. Elle-même redevient la petite Sophie dans Les Malheurs de Sophie.

Treize ans après ce drame, elle renaît, ayant surmonté ses souffrances. Ses ouvrages écrits initialement pour ses enfants rencontrent un immense succès. Elle devient un auteur mondialement connu à 50 ans pour entrer dans l’histoire de chacun.

Son mari a tout fait pour qu’elle soit éditée et s’est très bien occupé d’elle.

C’est une histoire rocambolesque mais surtout le résultat d’une résidence remarquable. On ne peut pas vivre si on n’a pas réglé ses problèmes.

La Comtesse de Ségur, née Rostopchine est enfin elle-même.

Où a-t-elle habitée à Paris ?

La famille Rostopchine s’installe à l’Hôtel Ney, rue Gabriel Paris 08. Puis elle emménage avec son époux à l’Hôtel de Ségur, 38 rue de Varenne, dans le 7ème à Paris. Mais comme l’endroit est difficile à cause de la belle-mère, ils déménagent dans un hôtel particulier, rue Capucine, Paris 02.

En 1822, son père lui offre le château des Nouettes, près de l’Aigle dans l’Orne.

Comment vivez vous le rôle de la Comtesse de Ségur ?

Si la Comtesse de Ségur a pris si bien place en moi, c’est qu’elle y avait des échos terribles.

Je n’ai pas eu à chercher bien loin, ni pour le tourment, ni pour le pardon. C’est un chemin que j’ai du faire moi-même. Dans ma vie personnelle, j’ai du comprendre pourquoi et pardonner à ce père-là. Mon père, je lui ai pardonner et je l’ai aimé.

C’est pour ça que je peux vous dire que si vous ne pardonnez pas, vous n’existez pas.

Interview réalisée par Dominique Planche

BÉRENGÈRE DAUTUN

Après son premier prix au Conservatoire National d’Art Dramatique de Paris,

elle entre à la Comédie-Française le 1er janvier 1964. Elle en devient sociétaire le 1er janvier 1972 et le restera jusqu’au 31 décembre 1997 – 450e sociétaire. COMÉDIE-FRANÇAISE

En tant que sociétaire, elle y joue tous les grands rôles de tragédie dont en particulier celui d’Emilie, – Cinna, Corneille ; de Pauline, – Polyeucte, Corneille ; d’AthalideBajazet, Racine ; de Rodogune Rodogune, Corneille. Les rôles de comédie l’attirent également : Arsinoé Le Misanthrope, Lucette Monsieur de Pourceaugnac, Armande Les Femmes Savantes et Béline Le Malade Imaginaire de Molière. Elle est également l’interprète d’auteurs contemporains dont Nathalie SarrauteLe Silence, Michel VinaverL’Émission de Télévision, Samuel BeckettFin de Partie, Bertolt BrechtAntigone, Jean-Claude GrumbergRixe, Roger VitracVictor ou les Enfants au Pouvoir.

HORS COMÉDIE-FRANÇAISE

Elle a joué, entre autres, dans Les Justes d’Albert Camus, L’ Annonce Faite à Marie de Paul Claudel, Till Eulenspiegel de Cyril Robichez, Sainte Jeanne de George Bernard Shaw, La Mégère Apprivoisée et Richard II de William Shakespeare, La Dévotion à la Croix et La Vie est un Songe de Calderon de la Barca, Macbett et Le Roi se Meurt d’ Eugène Ionesco, L’Aigle à Deux Têtes et La Voix Humaine de Jean Cocteau, L’Idiot de Dostoïevski, La Voix du Peuple de Victor Hugo, Laisser Flotter les Rubans de Jacqueline de Romilly. Elle met en scène une première version de J’accuse de Zola. Elle crée sa compagnie «Titan» en 2009 avec Les Cahiers de Malte Laurids Brigge, de Rainer Maria Rilke spectacle dont elle a réalisé l’adaptation et la mise en scène, joué au Théâtre de La Huchette puis reprise au Petit Hébertot. Elle joue également au Petit Hébertot son adaptation du texte poétique de Patrick de Carolis Refuge pour Temps d’Orage. En mai 2011, elle devient co-directrice du Petit Hébertot et y joue Alexandrine Zola dans l’adaptation de J’accuse qu’elle a réalisée avec Xavier Jaillard. Elle quitte le Petit Hébertot et continue le travail de sa compagnie en créant début 2013 Louise Michel au théâtre Le Ranelagh, puis en octobre elle crée à Monaco pour le 130ème anniversaire de l’Alliance Française Comtesse de Ségur née Rostopchine, spectacle qui a été représenté au Théâtre Le Ranelagh en 2014. A la rentrée 2014, après une tournée, elle joue dans le spectacle Les Coquelicots des Tranchées au Théâtre 14, spectacle sur la grande guerre à l’occasion du centenaire de celle-ci. Reprise du spectacle Comtesse de Ségur, née Rostopchine à la Comédie Bastille janvier 2015. Je l’appelais Monsieur Cocteau au Studio Hébertot ( 2016) et Théâtre de la Bruyère ( 2017). Les marroniers de la rue Caulincourt, Théâtre Funambule-Montmartre ( 2016). Compartiment fumeuses au Studio Hébertot ( 2017).

NOTES DE MISE EN SCÈNE

Une vision intérieure comme unité de lieu d’action et de temps, je crois qu’il n’y a rien de plus fort, de plus émouvant. Nul besoin d’un décor grandiose pour mettre en scène une femme qui vous «suggère» tout bas ce que souffrir veut dire. Aller à l’essentiel en toute simplicité, c’est un ton, une manière, une disposition singulière qui relèvent d’une grande sensibilité. Conter, raconter, devient quasiment une « action de grâce » qui transcende tout ce qu’elle touche. Les petits gestes deviennent immenses. Prendre une tasse de thé ! S’aventurer en forêt et éprouver un grand frisson parce qu’on ne sait pas ce qui va surgir, fuir paniquée les murs léchés rouge feu de Moscou, s’envelopper d’un châle et dire que tout cela est bien fini. Bérengère Dautun fait corps avec Sophie de Ségur. Ce double intime, cette entente de tempérament, cette coïncidence heureuse, cette symétrie de deux femmes confondues en une seule gagnent l’amour du public. Une scène, un sofa, des livres, nous sommes sous le charme prêt à vivre avec Sophie de Ségur l’histoire de sa vie…»

Notes de Pascal Vitiello metteur en scène

Le Studio Hébertot – 78 bis, Boulevard des Batignolles 75017 Paris

du 25 avril au 02 juillet du mardi au samedi à 19h00 et le dimanche à 17h00

«Comtesse de Ségur née Rostopchine» de Joëlle Fossier

Avec Bérengère Dautun

Mise en scène : Pascal Vitiello

Lumières : Jéremy Izad

Son : Sylvain Denis

Photographies : Bruno Baccheschi

Merci à l’Hôtel La Comtesse  – 29 avenue de Tourville – 75007

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