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Coup de coeur pour une des plus belles déclarations d’amour de ce siècle !

LA PLUS BELLE DÉCLARATION D’AMOUR 

Oui, c’est sans aucun doute la lettre la plus bouleversante, la plus émouvante, que j’ai lu, lorsque j’ai appris l’histoire de ce couple qui s’était suicidé par amour en 2007.(André Gorz et sa femme Dorine)

J’ai tellement était sonnée à l’époque en lisant cette information, qu’il m’a bien fallu des jours et des jours pour m’en remettre. Tout ce que j’aimais était concentré dans cette histoire de vie. L’intelligence, l’humilité, la découverte de l’autre, l’amour, le sexe, le désir, la beauté, les mots, la durée, la force et la faiblesse.

Ce couple est arrivé à grandir, puis à vieillir ensemble. Pour ne pas se quitter, jusqu’au bout et aussi pour des raisons de dignité humaine car ils étaient malades tous les deux, ils ont décidés de partir ensemble.

C’est une amie se rendant chez le couple un matin qui a vu des messages affichés sur leur porte précisant qu’il fallait «prévenir la gendarmerie» et que «des lettres attendent». Les deux membres du couple reposaient côte à côte et plusieurs lettres étaient effectivement adressées à des proches.

….

ANDRÉ GORZ

Cofondateur, en 1964 du Nouvel Observateur, sous le pseudonyme de Michel Bosquet, avec Jean Daniel, André Gorz est un philosophe qui porte un intérêt à la phénoménologie et à l’œuvre de Sartre.

Au cœur de sa réflexion après s’être éloigné du sartrisme, la question de l’autonomie de l’individu est pour lui devenue une conception profondément émancipatrice du mouvement social où la notion de développement de l’autonomie individuelle est perçue comme la condition sine qua non de la transformation de la société.

Anti capitaliste, Gorz considérait la sobriété, comme une nécessité pour lutter contre la misère. L’énergie étant limitée, la surconsommationdes uns condamne les autres à la misère. En assurant à chacun l’accès à l’énergie qui lui est nécessaire, le principe de sobriété énergétique empêche les surconsommations injustes et polluantes.

Le samedi 22 septembre 2007 dans sa maison de Vosnon (Aube), il se suicide à l’âge de 84 ans en même temps que son épouse, Dorine, atteinte d’une grave maladie. C’est à elle qu’il avait consacré en 2006 le livre Lettre à D. Histoire d’un amour, une ode à Dorine. Le livre commence par ces mots :

Extrait de Lettre à D., d’André Gorz : Une vie à aimer

 « Tu vas avoir 82 ans. Tu as rapetissé de six centimètres, tu ne pèses que quarante-cinq kilos et tu es toujours belle, gracieuse et désirable. Cela fait cinquante-huit ans que nous vivons ensemble et je t’aime plus que jamais. Je porte de nouveau au creux de ma poitrine un vide dévorant que seule comble la chaleur de ton corps contre le mien. […]

« J’ai besoin de reconstituer l’histoire de notre amour pour en saisir tout le sens. C’est elle qui nous a permis de devenir qui nous sommes, l’un par l’autre et l’un pour l’autre. Je t’écris pour comprendre ce que j’ai vécu, ce que nous avons vécu ensemble. […]

« Avant de te connaître, je n’avais jamais passé plus de deux heures avec une fille sans m’ennuyer et le lui faire sentir. Ce qui me captivait avec toi, c’est que tu me faisais accéder à un autre monde. Les valeurs qui avaient dominé mon enfance n’y avaient pas cours. Ce monde m’enchantait. Je pouvais m’évader en y entrant, sans obligations, ni appartenance. Avec toi, j’étais “ailleurs”, en un lieu étranger, étranger à moi-même. Tu m’offrais l’accès à une dimension d’altérité supplémentaire, à moi qui ai toujours rejeté toute identité et ajouté les unes aux autres des identités dont aucune n’était la mienne.[…]

« J’ai toujours senti ta force en même temps que ta fragilité sous-jacente. J’aimais ta fragilité surmontée, j’admirais ta force fragile. Nous étions l’un et l’autre des enfants de la précarité et du conflit. Nous étions faits pour nous protéger mutuellement contre l’une et l’autre. Nous avions besoin de créer ensemble, l’un par l’autre, la place dans le monde qui nous a été originellement déniée. Mais, pour cela, il fallait aussi que notre amour soit “aussi” un pacte pour la vie. Je n’ai jamais formulé tout cela aussi clairement. Je le savais au fond de moi. Je sentais que tu le savais. Mais la route a été longue pour que ces évidences vécues se fraient un chemin dans ma façon de penser et d’agir. […]

« Récemment, je suis retombé amoureux de toi une nouvelle fois et je porte de nouveau en moi un vide débordant que ne comble que ton corps serré contre le mien […] Nous aimerions chacun ne pas survivre à la mort de l’autre. Nous nous sommes souvent dit que si, par impossible, nous avions une seconde vie, nous voudrions la passer ensemble. »

Lettre à D d’André Gorz est paru chez Galilée en 2006 et est réédité chez Gallimard, « Folio » en 2008.

STATEMENT OF THE MOST BEAUTIFUL LOVE

Yes, it is undoubtedly the most moving letter, the most moving, I read, when I heard the story of this couple who had committed suicide for love in 2007. (André Gorz and wife Dorine)

I was so stunned at the time by reading this information, it took me many days and days to get over it. Everything I loved was concentrated in this life story. The intelligence, humility, the discovery of another, love, sex, desire, beauty, words, time, strength and weakness.

This couple came to grow, and to grow old together. Not to leave until the end and also for the sake of human dignity because they were both sick, they decided to go together.

A friend visiting the couple in a morning that saw messages on their door stating that it was « to prevent the police » and that « letters waiting. » Both members of the couple rested side by side and several letters were actually sent to relatives.

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ANDRÉ GORZ

Co-founder in 1964 of the Nouvel Observateur, under the pseudonym of Michel Bosquet, Jean Daniel, André Gorz is a philosopher who has an interest in phenomenology and Sartre’s work.

At the heart of his thinking after Sartrism away from the question of the autonomy of the individual is for him become a deeply emancipatory conception of social movement where the concept of development of individual autonomy is seen as the sine qua non for the transformation of society.

Anti capitalist, Gorz considered sobriety, as a necessity to fight against poverty. The energy is limited, the surconsommationdes each other condemned to misery. Ensuring that everyone has access to the energy that is necessary, the principle of energy conservation and pollution prevents unfair overages.

On Saturday, September 22, 2007 at his home in Vosnon (Aube), he committed suicide at the age of 84 years along with his wife, Dorine, a severe disease. It is to her that he spent the 2006 book Letter to D. Story of a love, an ode to Dorine. The book begins with these words:

Extract from Letter D., André Gorz: A life to love

  « You’ll have 82 years. You have shrunk six centimeters, you only weigh forty-five kilos and you’re still beautiful, graceful and desirable. This is fifty-eight that we live together and I love you more than ever. I wear again deep in my chest a vacuum consuming only fills the warmth of your body against mine. […]

I need to reconstruct the history of our love to grasp the whole meaning. It was she who helped us become who we are, one by the other and for each other. I write to understand what I went through, what we have lived together. […]

Before I knew you, I had never spent more than two hours with a girl without being bored and make him feel. What captivated me with you, is that you made me go to another world. Values that had dominated my childhood there were no classes. This world enchanted me. I could get away by entering without obligations or membership. With you, I was « elsewhere » in a foreign place, a stranger to myself. You offered me access to an additional dimension of otherness, to me who have always rejected any identity and added to each other identities, none of which was mine. […]

I always felt your strength along with your underlying fragility. I loved your weakness overcome, I admired your strength brittle. We were one and the other children of insecurity and conflict. We were made to protect us against each other and one another. We need to create together, one by the other, the place in the world that was originally denied us. But for that, it was also necessary that our love is « also » a pact for life. I never made it all so clearly. I knew in my heart. I felt that you knew. But the road has been long for these evidences lived find their way to my way of thinking and acting. […]

Recently, I fell in love with you again and again I carry in me than an empty overflowing fills your body pressed against mine […] We would like everyone does not survive the death of the other. We have often said that if the impossible, we had a second life, we would like to spend together.

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