ETTY HILLESUM, LA FLAMME D’UNE ÂME *****
QUE FAIRE DE NOS VIES
C’est la question qui taraude les premières années d’Etty Hillesum, auteure hollandaise née au sortir de la première guerre mondiale. Baignée très tôt dans une milieu intellectuel de gauche, étudiante droit et littérature classique, Etty est sujette à des accès de dépression qui la conduisent à rencontrer le psychologue allemand Julius Spier. S’en suivra une relation empreinte d’un amour, platonique ou quasi mais en fin de compte une occasion rêvée offerte à Etty de s’interroger sur le sens de la vie bien au-delà du traditionnel décryptage que le patient pratique sous le regard bienveillant de son médecin aux fins d’identifier les causes du mal-être. Et si la réponse se trouvait en dehors du champ de la psychologie ?
S., personnage mystérieux – dont l’écrivain croque des contours imprécis comme pour souligner que là n’est pas l’essentiel- incarnera un guide. A tout le moins la passion charnelle éprouvée par cette jeune femme n’est en rien le but ultime. Etty va vivre une véritable initiation spirituelle, sans pratique religieuse et cependant d’une profondeur dont les plus grands sages ont à leur manière témoigné, sans même qu’elle le sache.
L’INÉLUCTABLE DESTIN OU LE CHEMIN D’UNE SAINTE
La religion est bien au cœur de cette histoire bouleversante. Comment pourrait-il en être autrement ? Elle se situe à la veille puis pendant une seconde guerre mondiale se faisant fort de surpasser toutes les horreurs antérieures. Le texte comme l’interprétation qu’en donne l’adaptatrice et comédienne Angélique Boulay, d’une grande sensibilité et intelligence, s’en font l’écho. Là réside toute l’originalité et toute la puissance car la distance est maintenue. Inutile de dire l’ignoble. Etty l’imagine, le ressent, le découvrira son tour venu. Mais elle ne se plaint pas. Sans exprimer jamais le courage irradiant pourtant de chacun de ses pas, chacun de ses gestes, Etty trouve son chemin, dans une forme de paix intérieure l’invitant à accepter l’inacceptable. Pourquoi lutter contre l’inéluctable quand d’autres ont tant besoin de compassion, de chaleur humaine, de cette écoute attentive qu’un psy allemand aura su lui inculquer jusqu’au plus profond de son âme… non, de son cœur.
La mise en scène toute en humilité et en micro trouvailles, porte une œuvre et une interprète au plus près de la vérité. Au creux de votre oreille… mieux au creux de votre poitrine, de ce lieu secret, intime… celui capable de transformer un être humain en saint. En ces temps troublés où la barbarie retrouve bien du souffle, porter la voix d’Etty Hillesum relève du devoir. Un metteur en scène et une comédienne l’ont bien compris, grâce leur en soit rendue.
A noter, en marge du spectacle, l’exposition « Etty Hillesum, une lumière dans la guerre », des dessins et gravures proposés par Kévin Carron dans le hall du théâtre. Par ailleurs les associations « Terre du ciel Paris » et « Les Amis d’Etty Hillesum » proposent la conférence « Etty Hillesum : dire oui à la vie », le 15 avril, 19h30 au Forum 104 (104 rue Vaugirard, Paris 6ème ; réservations : mariesubrin(at)hotmail.fr).
Texte original : Etty Hillesum
Adaptation : Angélique Boulay
Avec : Angélique Boulay
Mise en scène : Mourad Berreni
PITCH
Etty Hillesum jeune femme juive de vingt-sept ans, libre, féministe avant l’heure et en quête d’absolu, commence à écrire son journal en 1941 au moment où elle rencontre le psychanalyste Julius Spier. De cette relation, outre une ardente passion, naîtra pour Etty une véritable révolution intérieure alors même qu’elle vit une des pages les plus sombres de notre histoire. Cette quête de lumière, cet appel à l’amour des hommes, au milieu de la seconde guerre mondiale, aux portes de l’enfer, ne peut que nous concerner et nous mettre en chemin sur le sens que nous voulons donner à notre propre vie.
Extrait : « Oui la détresse est grande, et pourtant il m’arrive souvent le soir, de longer d’un pas souple les barbelés, et toujours, je sens monter de mon coeur, je n’y puis rien, c’est ainsi, cela vient d’une force élémentaire, la même incantation : la vie est une chose merveilleuse et grande, après la guerre nous aurons à construire un monde entièrement nouveau, et à chaque nouvelle exaction, à chaque nouvelle atrocité, nous devons opposer un supplément d’amour et de bonté à conquérir sur nous-même. (…) Ce qui importe en effet, ce n’est pas de rester en vie coûte que coûte, mais la façon de rester en vie. »
Au Théâtre de l’Echo tous les vendredis du 9 février au 26 juin 2015 à 20h30
