La Parizienne

Brel et la danse au Théâtre de la Ville : De Keersmaeker sublime Jacques Brel

Brel et la danse, deux géants au théâtre de la ville à Paris. Un spectacle qui marque en douceur.

 

Un étonnant trio

Anne Teresa de Keersmaeker, grand nom de la danse contemporaine, 45 ans de pratique, uneécole internationalement reconnue et près de 70 spectacles à son actif. Et une passion pour la musique de toutes les époques, sans oublier la musique populaire. Cela faisait longtemps que De Keersmaker avait envie de travailler sur Brel, ce géant de la chanson en langue française, la rencontre avec le jeune Solal Mariotte a été le déclencheur de cette création. Formé au breakdance, Mariotte apporte l’énergie de la jeunesse dans une chorégraphie cocréée avec De Keersmaeker. Une légèreté couplée d’une touche d’impertinence qui émeut. Le troisième artiste du spectacle (ou le premier !), c’est bien sûr Jacques Brel et sa carrière fulgurante de seulement 15 ans qui marqueront la chanson d’une manière indélébile. Pourtant De Keersmaker ne tombe pas dans l’écueil de l’hommage poussiéreux : ce n’est pas un hommage, c’est un trio.

Une danseuse, un danseur, deux générations et un fantôme

Elle a 75 ans, il en a 25, deux générations dansent Brel. Un exercice émouvant pour dire la beauté et passer le flambeau avec deux styles de danse complémentaires : De Keersmaeker et ses gestes aux apparences simples, la simplicité n’excluant pas la densité. Et Mariotte, enfant de son époque qui déclare « Si je veux danser mon Brel, il faut que je danse parfois aussi pour qu’il se retourne dans sa tombe. »
Le fantôme de Brel nous chante 16 chansons choisies parmi la totalité de son répertoire, par ordre sensible et chronologique. Commençant par Le Diable, un des premiers enregistrements de 1953. Jusqu’à une sélection de l’ultime et magnifique album Les Marquises. Dans ce parcours, chacun vivra sa propre apothéose en fonction de sa sensibilité. Pour moi ce fut Le plat pays chanté en flamand, une langue et un vlakke land que De Keersmaeker partage avec Brel.

Un immense plaisir

Il faut avouer que, même si un des talents de De Keersmaeker, c’est de se renouveler sans cesse et que ce spectacle en est l’illustration, nous avons ici l’immense plaisir de simplement écouter Brel. De l’entendre en grand, dans un grand théâtre. Comme si nous remontions le temps pour assister à un de ses récitals. Car la chorégraphie est suffisamment sobre pour ne pas empiéter sur les chansons. Ni les paraphraser. Un exercice subtil fait avec une belle sincérité. Comme une ponctuation au répertoire du compositeur. Et puis, l’autre cadeau que nous fait De Keersmaeker, c’est de projeter les paroles des chansons sur le fond de scène, une occasion de redécouvrir la qualité des textes : si on l’avait oublié, voilà qui nous rappelle combien Brel écrivait bien, en plus d’être un grand interprète.

 

By Anne Vassivière

À découvrir avec appétit au Théâtre de La Ville jusqu’au 20 mai inclus.

 

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