Cinéma

Les perles de la Comédie Française au cinéma


Nouvelles chroniques Vents d’Orage pour vos sorties ciné…

L’affiche étant dominée par les excellentes prestations de Pierre Niney et Laurent Lafitte, tous deux formés au  Français, mais aussi de Julianne Moore et Kristen Stewart, Christopher Walz et Amy Adams.

« JOURNAL D’UNE FEMME DE CHAMBRE »  ***

Léa Seydoux a le physique parfait pour incarner le personnage créé par Octave Mirbeau : la peau laiteuse, le regard clair, la lèvre dessinée et moqueuse… Elle s’en sort plutôt bien, comme à son habitude, dans une mise en scène de Benoit Jacquot rappelant beaucoup l’atmosphère des films de Claude Chabrol. Malgré de louables tentatives de montrer le feu qui brule sous la surface, la haine que les deux principaux protagonistes vouent à leur condition précaire plus qu’à leurs maîtres, le ton reste un peu froid pour qu’on soit réellement séduit par les vengeances fomentées ou le côté vénéneux ne faisant qu’affleurer la surface. Les mouvements de caméra sont intelligents, poursuivant, contournant, s’éloignant des personnages pour mieux les cerner, mais le ton un peu monocorde et le manque de fièvre sauf à quelques rares instants ne servent pas le propos. A voir malgré tout car le réalisateur comme l’ensemble des comédiens sont de qualité, avec le souvenir que Jeanne Moreau fut chez Buñuel une sublime femme de chambre il y a fort longtemps.

 « SUITE FRANCAISE » **

Le théâtre de la trahison, de la calomnie, de la dénonciation, de la collaboration, des chasses aux sorcières… la France de la défaite morale et militaire, celle de Vichy, du bon beurre que l’on se faisait sur le dos du peuple, sourire sardonique aux lèvres parce que l’argent n’a pas d’odeur. Tout ceci est montré en toile de fond de ce long métrage adapté du best-seller d’Irène Némirovski. Alors on espère beaucoup, en ces temps où le Font National frôle les 30% aux élections départementales, que le réalisateur rentre dans le lard, que les comédiens montrent la honte de cette période honnie, que la bile remonte dans le gosier des spectateurs. Mais tout est fade, dit du bout des lèvres, dans un classicisme formel où tout est étriqué, bridé. Michelle Williams semble absente alors qu’apparaissant dans presque toutes les scènes pour ne pas dire chaque plan. On dirait un film sur commande, de producteurs inquiets de faire mal par où ça passe. Louée soit la performance de Kristin Scott Thomas, méchante à l’extérieur pour cacher combien elle saigne à l’intérieur, et Matthias Shoenaerts au physique ravageur d’ange noir plus vrai que nature et pourtant magistralement contenu.

« A TROIS ON Y VA » ***

A aime B et B aime A. Mais A aime aussi C qui aime A en retour. Déjà pas simple. Mais ça se complique encore quand B et C tombent amoureux. Du coup A et B se mettent à douter de leur amour. C est mal car il ou elle mesure bien qu’il ou elle fout le bordel entre A et B mais comme il ou elle aime A et B, il ou elle ne se sacrifie pas. Au contraire, il ou elle provoque le fait que A et B sachent. Commence alors une idylle à trois à laquelle A, B et C veulent croire. Au début, tout nouveau tout beau. Sauf que le spectateur pas trop con avait bien senti que A savait pas trop ce qu’il ou elle voulait et qu’il ou elle finirait par sortir du jeu pour laisser B et C s’aimer qu’à deux. Vous voulez savoir qui est qui ? Allez voir ce film sympathique avec des acteurs sympathiques malgré un scénario trop prévisible.

 

« UN HOMME IDEAL » ****

Fraichement récompensé aux Césars pour son interprétation convaincante mais un rien académique d’Yves Saint Laurent, l’ex-sociétaire de la Comédie Française aspire à décoller les étiquettes qu’on s’empresse de mettre sur le front d’un artiste lorsque précisément il a incarné un personnage marquant ou évolué dans un sérail. Pierre Niney y parvient plutôt bien dans ce film -au scénario certes peu vraisemblable- mais à l’atmosphère pesante rappelant des réalisations comme « La piscine », « UV » ou encore l’univers de Claude Chabrol. Le mensonge s’instille dans nos vies pour de bonnes et de mauvaises raisons. En l’espèce d’aucuns peuvent croire que cet écrivain de piètre envergure rêva de gloire mais c’est plutôt la naïveté à ne pas mesurer les conséquences de la tricherie et l’enchainement des événements qui l’emportent vers le pire, les meurtres et l’oubli. Le doute est un venin coulant dans les veines de tous les personnages et notamment d’une jeune et jolie comédienne, Ana Girardot, sorte d’héritière de Géraldine Pailhas et déjà épatante dans le récent « La prochaine fois je viserai le coeur ».

Bande annonce

 

« SELMA » ****

Magnifique biopic consacré aux premières années du combat pacifique de Martin Luther King. Le comédien est remarquable d’intensité, totalement habité par la cause qu’il défend, en l’occurrence la reconnaissance du droit de vote aux afro-américains. Tout est subtilement dosé, les espoirs comme les doutes, la violence comme la tendresse qui unit les compagnons de lutte, les errances politiques du président de l’époque comme le rôle central de l’image télévisée qui bientôt fera basculer la partie. Le cinéma est un vecteur pour témoigner d’une époque. Ce film est ainsi un document précieux pour dire la condition des Noirs dans les années 60. Il l’est d’autant plus qu’il parle aussi sans le dire de l’époque plus ancienne de l’esclavagisme mais aussi de notre présent où l’équité en droit se fracasse encore contre un racisme rampant, aux Etats-Unis et ailleurs…

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 « DIVERGENTE 2 » **

Moins mauvais que le premier, c’est déjà un exploit. La 3D fonctionne bien à l’inverse d’un scénario auquel on ne comprend pas toujours tout. La fin tout particulièrement car si vous êtes capables de dire le but que poursuivaient les pères fondateurs avec les divergents, vous êtes fortiches. En même temps on s’en fout un peu, avouons-le.

« STILL ALICE » ****

Julianne Moore enchaine les jolis rôles. Rien d’étonnant à cette nouvelle réussite -qui lui a valu la récompense suprême aux Oscars- car sa beauté diaphane et son jeu grave servent idéalement ce personnage de brillant professeur en linguistique prématurément atteinte d’une forme rare de la maladie d’Alzheimer. L’histoire n’est pas traitée uniquement sous l’angle de la patiente voyant peu à peu ses facultés décliner mais aussi sous celui de l’entourage qui tente de faire face, trébuche mais finalement se rapproche par amour et pour rendre précieux le temps qui reste. Le casting est ultra convainquant, notamment Kristen Stewart en fille prodigue tout en intériorité et sensibilité. Tout comme son ainée cette jeune comédienne n’a semble-t-il pas fini de nous surprendre.

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« BIG EYES »  ****

Tim Burton tournait un peu en rond avec ses dernières réalisations. Toujours un peu les mêmes personnages, les mêmes décors, les mêmes acteurs… Et bien là il n’en est rien. Le frère cinématographique de Robert Smith adapte l’histoire vraie d’une arnaque de l’art pictural dans une mise en images sublime (on est presque chez Bertolucci tant les couleurs sont chatoyantes) et surtout un duo Amy Adams-Christopher Walz des plus drôles de gaucherie alliée à un sens des affaires hors du commun. Comme dans « Un homme idéal », tout est bâti sur un mensonge mais cette fois-ci à l’intérieur du couple. Lorsqu’il éclatera au grand jour, l’on comprendra que la vie entière de LA peintre aura été un combat féministe qu’elle remportera haut la main.

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« LE DERNIER COUP DE MARTEAU »****

Petit film touchant sur un jeune garçon trop tôt confronté aux choix de la vie, choix qui n’en sont pas toujours, d’ailleurs. Pourquoi devrait-il choisir entre une mère adorée mais gravement malade, la promesse d’une carrière de footballeur, le cadre chaud et réconfortant d’une famille d’adoption dont une jeune fille suscite chez lui les premiers émois amoureux et un géniteur chef orchestre sorti de nulle part à l’instinct paternel révélé sur le tard d’une vie solitaire ? On est ici à des années lumières de tout expressionnisme tant la mise en scène, les dialogues, le jeu des acteurs sont économes et discrets. Mais ça fonctionne, comme fonctionne le charme mélancolique des livres d’Olivier Adam.

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« TOKYO FIANCEE » ***

La fraîcheur de la comédienne principale, au physique idéal pour incarner Amélie Nothomb, ne suffit pas à combattre l’ennui qui se dégage de cette histoire de jeune femme déracinée. Elle voulait retrouver le Japon de son enfance et se trouve confrontée à l’indifférence et l’incompréhension de deux cultures qui se regardent en chien de faïence. Il manque à la réalisation et aux dialogues la pétulance acidulée voire mordante de l’auteure que le film adapte pour que l’on soit saisi et captivé. Pas un naufrage, pas un succès non plus.

« THE VOICES » **

Film de genre de la réalisatrice de « Persepolis », entre thriller sanglant et comédie grinçante. Ryan Reynolds est tout à fait crédible en serial killer illuminé parlant à son chien, son chat et à la tête coupée de ses victimes. Son look juvénile le rend drôle et attachant. Mais bon, ce genre d’exercice de style qui ne mène nulle part, ce n’est pas mon truc même si je mesure ce qui pourra faire que certains en feront un film culte.

« L’ART DE LA FUGUE » ****

Laurent Lafitte est sociétaire du Français, bon… Quoi qu’on en dise il y a sans doute pire comme école de formation. Et puis il a su décoller l’étiquette tout en conservant la rigueur et la précision qu’un enseignement académique imprime nécessairement sur vous. Il excelle de subtilité et d’intériorité dans cette comédie douce-amère. Lafitte au coeur d’un film chorale au casting de rêve comme on les savoure quand Danièle Thompson, Claude Sautet, Claude Lelouch ou Agnès Jaoui sont au commande -cette dernière étant d’ailleurs présente à l’affiche comme comédienne et consultante au scénario. Il pérore un peu, la dent dure pour ses père, mère, frères, amie, amant… leur reprochant leur couardise à ne pas fermer une boutique, ne pas s’engager sentimentalement, ne pas être capable d’admettre qu’une relation se termine et qu’il est temps de passer à autre chose. Mais le ton plutôt désinvolte du film cache un malaise bien plus profond. L’art de la fugue/fuite consiste d’abord à voir la paille dans l’oeil du voisin sans vouloir regarder la poutre qu’on a dans le sien. Et notre personnage central de pousser l’art au vice, au point de ne plus pouvoir faire face, de tout plaquer. Mais vit-on jamais ce que l’on veut ou ce que l’on peut ?

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« BIS » ***

Plutôt agréable cette comédie nostalgique du Nul Dominique Farrougia. Il lorgne davantage sur le cinéma de Cédric Klapish et de Diane Kurys que sur « Les visiteurs » auquel il emprunte l’idée des couloirs du temps pour projeter un duo d’amis comme frères dans un passé qu’ils croient nécessaire de devoir réécrire. Perso, Dubosc c’est pas ma tasse de thé mais là je dois reconnaitre que le tandem formé avec Merad fonctionne plutôt bien. Pas de génie ni de grandes trouvailles mais un moment de tendresse qui ne fait pas de mal malgré un côté cul-cul-la-praline.

« AMERICAN SNIPER » ***

Eastwood a décidément du mal avec les histoires vraies. Déjà déçu par « Invictus » qui dressait le portrait d’un Nelson Mandela irréprochable et parfait en tout, cet « American Sniper » pêche à l’identique : le héros doux, torturé, amoureux, patriote jusqu’au bout du fusil, bon père de famille, courageux, capable de toutes les abnégations… ok ok ok, stop, n’en jetez plus ! Dans une mise en scène qui évite de justesse le documentaire, se meut avec la finesse d’un éléphant dans un magasin de porcelaine un Bradley Cooper, il est vrai rarement transcendant. Trop guerrier, trop américain, trop texan sans être totalement binaire -on est quand même chez le réalisateur de « Grand Torino »– on obtient un film hommage sans beaucoup d’aspérités. Pouvait mieux faire avec un Kevin Costner d’aujourd’hui…

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