Cinéma

« Birdman » et « Phoenix » volent plus haut

Deux belles histoires de renaissance tiennent le haut du pavé en cette période cinématographique un peu morose. Décryptage :

« BIRDMAN » : *****

Tout ce que raconte ce film est la raison précise pour laquelle je suis assis à mon bureau en train d’écrire cette chronique. Pour  ne pas faire de critique pour les mauvaises raisons, parce que le travail d’autrui doit être respecté, parce que l’art, tout spécialement le théâtre, est un combat et une prise de risque. « Birdman » dit combien il est difficile, dans un métier aussi exigeant et un monde du sensationnaliste facile et bas de plafond, d’exister une première fois et pire encore d’exister à nouveau. Il dit aussi la lutte des génération, tuer le père pour avoir une chance d’exister à son tour, ne fussent que quelques heures puisque Warhol en a fait la promesse. Les artistes agissent comme de taupes aveugles cherchant la lumière. Comment redescendre quand on a cru tutoyer les cimes, à vivre mille vies par procuration quand on est incapable de vivre la sienne, finalement. Les plus nobles parlent de l’art pour l’art. Les plus sincères, parfois les mêmes que les précédents, avouent leur addiction à la scène, à la clameur portant chaque pas les ramenant en coulisses le cœur battant. Ils veulent que les regards restent braqués sur eux tels des bonbons que des enfants empressés lèchent et cajolent jusqu’à l’écœurement. La fin du film verra le principal protagoniste se mettre à tricher un peu, lui aussi. Par cynisme ou par réalisme ? Un peu des deux sans doute car il s’adapte pour survivre, pour continuer de compter encore un peu aux yeux d’un public vampire d’images sanguinolentes et fugaces, aux yeux de sa femme, de sa fille oubliées et sacrifiées pour la gloire d’une carrière égoïste et solitaire. La collaboration père-fille en un compromis pas si con. Faire preuve de professionnalisme évite les effusions dégoulinantes de l’admiration béate et comble les crevasses béantes des ‘you’ve never been there’. « Birdman » est d’une poésie âpre, rugueuse même, habillée de plans séquences à la steadycam collé aux basques des comédiens ainsi contraints de donner le meilleur et le vrai. Michael Keaton en tête. Comment Hollywood a-t-il pu si longtemps se passer d’un pareil talent. Mais aussi tous les autres et notamment le toujours excellent Edward Norton et la révélation du dernier Woody Allen et de « Crazy stupid love », Emma Stone. Exister… mais pour qui  et pour quoi ? La question vaut bien autant pour les artistes que pour le commun des mortels. Alejandro Gonzàlez Inàrritu, vous êtes grand

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« PHOENIX » : *****

Le cinéma allemand réserve de temps à autre de belles surprises comme ce fut le cas il y a quelques années avec « La vague ». Nouveau coup d’éclat avec ce bijou venant témoigner de l’après guerre d’une façon si singulière. Alors que l’on célèbre les 70 ans de la libération d’Auschwitz, « Phoenix » met en lumière l’histoire de Nelly, trahie par son mari, déportée, fracassée mais vivante au sortir de l’enfer. Enfer qui se poursuivra pour elle, avec cette quête de se retrouver soi-même quand tant d’autres des siens n’en sont pas revenus. Cette quête d’une identité reniée par le nazisme, par la chirurgie prétendument reconstructrice. Alors elle ira jusqu’au bout d’une folie. Réinventer son propre personnage dans le regard de son mari qui ne la reconnaît pas. Elle niera une évidence à laquelle elle sera confrontée tôt ou tard. Sans doute le sait-elle mais repousser l’échéance est une manière d’oublier. Le souffle court, vous avancerez avec elle, parce qu’il n’y a d’autre choix, d’autre issue possible. Le prix à payer pour renaître de ses cendres. S’il fallait changer quelque chose à cette œuvre ? Rien, pas une virgule, pas un silence, pas une hésitation.

« KINGSMAN » : ***

Mélange audacieux de « James Bond », « Austin Power », « Mars attack » et « Pulp fiction ». Quelques vraies trouvailles dans l’image avec ces faux plans séquences qu’on aime tant et très à la mode ces temps-ci mais qui n’en font cependant pas un très grand film tant les références sont un peu grossières. Samuel L. Jackson est hilarant ; Colin Firth cependant pas au mieux dans ce rôle d’agent très spécial au milieu d’une histoire et d’une réalisation loufoques.

« 50 NUANCES DE GREY » : ***

Le silence des féministes est plutôt assourdissant, concernant ce film, vous ne trouvez pas ? La salle était bondée d’un public à 90% féminin, hypnotisé par la beauté virginale de la comédienne et la magnétisme de l’acteur. Comment ne pas s’interroger sur l’intention du film : ces dames cachent donc un fantasme de femme battue derrière leur front haut de femme libérée, je ne vois que ça. Car si sont effleurées les raisons profondes conduisant ce jeune et riche tombeur à malmener de la sorte ses nombreuses conquêtes, l’on a bien affaire à un scénario sado-maso, plutôt bien mené/joué/filmé. Mais cela en dit long sur ce que sont devenus les sentiments et la sexualité, ou tout au moins l’idée qu’on s’en fait. Et c’est finalement très triste.

« TAKEN 3 » : **

Long, pas très inspiré, vu cent fois… ce type de franchise n’est décidément pas ma came malgré un Liam Neeson bougond à souhait et explosif.

« L’ENQUETE » : ****

Excellent et sombre Gilles Lelouche qui, sans faire de bruit, s’impose comme un tôlier du cinéma français. Investi comme peu savent le faire dans cette très réussie reconstitution de l’enquête sur les frégates de Taïwan et l’affaire Clearstream. Rien ne sera épargné à ce journaliste lâché par tous, en premier lieu la rédaction de Libé. Mais il tiendra bon et même sans parvenir à faire tomber un tel empire politico-financier, la Cour de Cassation le réhabilitera dans la légitimité de sa tentative. Si vous ne croyez pas aux Illuminati, je vous conseille d’aller voir ce film. Le monde n’est pas dirigé par ceux qu’on croit, j’en suis aujourd’hui encore plus convaincu.

« DISCOUNT » : ****

Belle chronique sociale au casting attachant, Corinne Masiero en tête. Un groupe de salariés menacés de licenciement, montent une épicerie solidaire en détournant des produits du supermarché discount qui les emploie. Sans misérabilisme aucun, le film dresse une galerie de portraits drôles, fragiles et pourtant tellement courageux. « Discount » porte en lui quelque chose de solaire. On a tout d’un coup chaud à l’âme et au cœur de voir ces gens simples se souder, faire corps envers et contre cette société de consommation qui les broient. Ils resteront unis et le front haut jusqu’au bout.

« PAPA OU MAMAN » : ***

Pas si mal, cette comédie. Bien sûr tout est à peu prêt vu dans la bande annonce, la psychologie des personnages ne va pas chercher midi à quatorze heure. Ce n’est pas aussi cruel et grinçant que « La guerre des Rose ». Trois bonnes raisons cependant pour vous laisser tenter : le film n’est pas politiquement correct malgré une fin à l’eau de rose, Lafitte et Foïs rivalisent de génie à marmonner, minauder, machiavéliser, deux splendides faux plans-séquences en début et fin de film… c’est déjà pas si mal, donc.

« JUPITER » : **

Dieu que ce film est bête ! J’aurais même pu ne lui donner qu’une seule étoile si les décors n’étaient pas aussi beaux et si Mila Kunis ne déployait pas autant d’efforts pour donner un peu de vie et d’humanité à un scénario insipide qui pompe à peu près tout ce qui a précédé dans le cinéma de science fiction : « Dune », « Superman » et j’en passe. La 3D, plate comme une limande, n’apporte rien. Et le premier qui me redit que Channing Tatum est un bon comédien, je lui mets une gifle.

« INTO TO WOODS » : **

Mêler plusieurs contes et n’en faire qu’un seul était peut-être une idée pour la comédie musicale… j’en doute cependant au vu du très médiocre résultat de la production hollywoodienne adaptant la pièce. Brouillon, confus, musicalement très répétitif, porteur de messages bien lourdingues genre « les princes charmants sont des enfoirés qui embrassent toutes les filles qui passent »… vous comprenez que ces 2 h et 4 minutes m’aient semblé interminables malgré Meryl Streep.

« IMITATION GAME » : **** / « TOUTE PREMIERE FOIS » : ***

Deux comédies dramatiques traitant finalement d’un même sujet : qu’est-ce que la normalité ? Peut-on résumer un individu à ses préférences sexuelles ? Le premier, plus réussi parce que plus fin, met en image l’histoire de ce mathématicien expert en cryptage qui permit aux alliés de remporter la 2nde Guerre Mondiale, rien que cela. Il dut cacher son homosexualité en se fiançant avec une équipière mais sera rattrapé par une enquête de police l’obligeant à la castration chimique puis au suicide. Le casting est à la hauteur des ambitions du film. C’est un peu moins vrai, en tout cas dans la direction d’acteurs, pour le second. Le truchement consistant à rendre caricaturaux les personnages périphériques pour dire la normalité du couple central quand un des deux tombe amoureux d’une femme… ça ne fonctionne pas aussi bien que si Klapisch, ici un peu singé, eut été au commandes. Quelques scènes marrantes, d’autres très sensibles grâce à Pio Marmaï et à son ex mais une fin très convenue et bêtasse.

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